Ecoles de commerce

L'année de césure à l'étranger

Publication : 12 novembre 2020

Les écoles de commerce sont de plus en plus nombreuses à permettre à leurs élèves d’interrompre leurs études un an pour faire des stages en entreprise. Une occasion que beaucoup saisissent pour engranger des expériences professionnelles à l’étranger.

De plus en plus fréquente

À Audencia, l’école de commerce nantaise, l’année de césure est obligatoire. Tous les étudiants partent un an en stage en entreprise (de janvier à décembre) entre la 2e et la 3e année. "Cette césure permet de confirmer ou au contraire d’infirmer un projet professionnel avant le choix de la spécialisation en dernière année, explique Claude Lombard, directrice des études. C’est aussi l’occasion de conforter son souhait de démarrer une carrière à l’international'', ajoute-t-elle. Près de 35 % des étudiants de l’école nantaise en profitent pour partir en entreprise à l’étranger pendant quelques mois ou toute l'année.

Lorsque la césure est optionnelle, elle est choisie par un grand pourcentage d’élèves : 85 % à Grenoble École de management, par exemple. "Les 15 % qui ne la choisissent pas sont en alternance", précise Béatrice Nerson, directrice adjointe du programme grande école.

Préparer son départ

Si trouver un stage s’apparente à une première recherche d’emploi, en trouver un à l’étranger nécessite encore davantage d’efforts. Les élèves peuvent rarement compter sur les offres envoyées directement à leur école par les entreprises. Très peu concernent l’étranger. Et pourtant le nombre des annonces peut être très important (plus de 15 000 par an en moyenne à Audencia).

Ils peuvent cependant s’appuyer sur le réseau des anciens élèves. Parmi eux, les écoles ont ce qu’elles appellent des "ambassadeurs pays", qui aident les promotions suivantes dans la recherche de stage ou d'emploi.

Autre possibilité : s’adresser à des entreprises françaises qui possèdent des filiales à l’étranger.

Dans tous les cas, les meilleures écoles assurent un accompagnement administratif particulier à ceux qui souhaitent partir à l’étranger pour l’obtention du visa de travail, la souscription d’une assurance maladie, le décryptage du contrat de stage, etc. En s’appuyant notamment sur leurs "ambassadeurs". Car les législations locales peuvent être compliquées et les entreprises d’accueil, pas toujours habituées à recevoir des étudiants internationaux.

Deux mois, c’est le temps qu’il a fallu à Léa Pigny (lire ci-dessous) pour trouver son stage à Hong-Kong, et deux mois supplémentaires pour obtenir son visa.

Des coûts supplémentaires

Pendant l’année de césure, les étudiants ne versent pas de frais de scolarité à leur école, mais seulement des frais administratifs (autour de 500 € généralement). Cependant, partir à l’étranger entraine des dépenses importantes. Au billet d’avion, s’ajoutent les frais d’obtention du visa. Et selon la destination, le logement peut être très cher. Les plus chanceux verront le coût du voyage pris en charge par l’employeur et toucheront des indemnités de stage presque équivalentes à un salaire. Mais c’est loin d’être une généralité.

Et après ?

Même si le retour est parfois difficile, il est toujours gagnant. "Les étudiants reviennent transformés. Grâce à la césure, ils peuvent fixer le cadre de travail qui sera le leur, au moins en début de carrière. En France ou à l’étranger", défend-on à Audencia.

L’expérience de Léa Pigny,
partie 6 mois en stage à Hong Kong
pendant sa scolarité à Audencia BS
 

 

Pourquoi un stage à l'étranger ?

"Parce que la filière que j’avais choisie à Audencia (audit et expertise comptable), ne comprenait pas de semestre d’études à l’étranger et que je voulais vraiment avoir une expérience à l’international pendant mes études."

Dans quelle entreprise ?

"Une filiale hongkongaise du Groupe français Richemont spécialisée dans le luxe. J’ai rejoint le service Finance qui comptait 10 personnes pour une mission en contrôle de gestion. De toutes les entreprises que j’avais prospectées, c’est celle qui me proposait la mission la plus intéressante."

Comment avez-vous trouvé ce stage ?

"Grâce à un ancien diplômé, « l’ambassadeur » de l’école à Hong-Kong. Il a transmis ma candidature à la directrice financière de l’entreprise qui m’a accueillie et qui, elle aussi, était française. Elle est devenue ensuite mon maître de stage."

Quelle mission ?

"Je participais à un audit interne des boutiques. Je devais vérifier les stocks, les comptes et la mise en œuvre de la politique commerciale du groupe Richemont (promotions, remises…)."

Les premiers pas ?

"Les débuts ont été un peu déstabilisants, tant la distance culturelle était grande avec mes collègues chinois. Il n’y avait ni bonjour, ni au-revoir. Les premières semaines, j’ai fait des erreurs, car je n’osais pas poser de questions. Puis, progressivement, la glace s’est brisée et nous avons mieux communiqué."

Quelle langue utilisiez-vous ?

"Nous parlions tous anglais, ce qui ne me posait pas de problèmes, car j’avais un bon niveau avant de partir. J’étais allée en section européenne au lycée, puis en prépa économique où l'anglais est très important, et je venais de suivre un semestre 100 % en anglais à Audencia."

Le logement ?

"J’étais en colocation avec un Chinois et un Américain, ce qui m’a permis d’agrandir mon réseau sur place. C’est très facile de communiquer à Hong-Kong. Les gens viennent de partout ! D’Amérique latine, d’Australie, des Philippines… J’en ai profité pour visiter les alentours. Quand on pense à Hong-Kong, on imagine tout de suite un paysage très urbain. Or j’ai découvert des petites îles magnifiques, avec des plages splendides. J’ai aussi fait quelques randonnées en montagne."

Et financièrement ?

"J’ai obtenu une aide de 3 000 euros de la fondation Audencia, qui m’a bien aidée, car je ne gagnais que 550 euros par mois pendant mon stage, l’équivalent de mon loyer. Le logement est encore plus cher à Hong-Kong qu’à Paris. Le billet d’avion m’avait coûté 800 euros."

Le bilan de cette expérience ?

"C’est à coup sûr une expérience enrichissante, professionnellement, mais aussi sur le plan personnel. Et puis ça fait grandir, car en plus de s’adapter à un nouvel environnement, il faut se prendre en charge de A à Z : trouver des billets d’avion, un appartement, etc."

Et le retour ?

"Plutôt difficile. J’ai atterri en France un 24 décembre. Il faisait gris et froid, alors que je quittais une saison très douce à Hong-Kong. J’avais plein d’images en tête et j’étais très triste de quitter tout le monde ! Ça m’a vraiment donné envie de repartir, de découvrir d’autres pays, d'autres cultures !"